Jeudi 11 mars 4 11 /03 /Mars 14:40

Aujourd’hui  il fait très beau.

Ma maman m’a dit qu’on allait en profiter pour sortir la belle voiture du garage, la voiture bleue que quand on appuie sur un bouton le toit part se cacher dans le coffre et on peut voir tout le ciel.

Moi j’aime bien cette voiture parce que même si je suis petite ben je peux voir toute la route. En plus, il y a que deux places, donc je peux rester assise à côté de ma maman et changer la musique en appuyant sur tous les boutons de la radio.

Ma maman elle aime cette voiture aussi mais elle veut toujours que je fasse attention à où je mets mes pieds parce qu’elle dit qu’elle coûte très cher. Je sais que ma maman est toujours un peu stressée quand elle la conduit mais moi j’étais super contente.

Après avoir enlevée le toit ma maman me dit qu’on allait faire un tour en ville pour aller chez le coiffeur. Elle m’a ensuite dit qu’elle ne savait pas si elle avait vraiment le droit de me mettre à cette place dans la voiture, alors que chaque fois qu’elle verrait la police il faudrait que je baisse la tête pour pas qu’ils me voient. C’est vrai çà, moi j’ai pas envie que ma maman se fasse gronder par le monsieur en bleu tout ca pour aller me faire couper  les cheveux.

2 ou 3 fois j’ai baissé la tête et je trouvais ça drôlement chouette même que des fois je faisais semblant d’avoir entendu la sirène et je me baissais toute entière.

Arrivées chez le coiffeur, j’ai dit à la dame que je voulais qu’elle me coupe tous mes cheveux derrière parce que Célia ma copine avait les cheveux tout courts et que c’était pas juste parce que moi aussi je les voulais tous courts et que ma maman elle avait jamais voulu me les couper tous courts comme Célia.

Alors la coiffeuse a commencé à me couper la frange puis s’est mise derrière moi et m’a dit « baisse la tête ma chérie ». Alors je me suis mise toute en bas du siège très vite et j’ai demandé si il y avait la police, et ma maman est devenue toute rouge puis tout le monde a regardé ma maman qui a dit que son téléphone sonnait et elle partit dehors puis moi j’avais pas entendu son téléphone.

Quand ma maman est revenue tout le monde l’a regardé bizarrement puis moi j’ai demandé doucement à ma maman si la police nous avait suivi jusqu’à la dame du coiffeur et ma maman m’a dit de me taire et qu’elle m’expliquerait plus tard.

Au retour c’était moins drôle parce que ma maman m’a dit qu’elle ne me ferait plus jamais baisser la tête quand il y aurait la police parce que de toute façon elle ne prendrait plus cette voiture et que de toute façon ca faisait longtemps qu’elle voulait la vendre et que 2 places quand on est 3 c’est  pas possible et qu’il fallait que j’arrête de bouger parce que je lui mettais des cheveux de partout.

J’espère qu’elle la vendra pas maintenant parce que j’l’aime bien moi la voiture bleue.

Par une (toute) petite IDE
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Samedi 6 mars 6 06 /03 /Mars 17:54

Il est 21h00.
Pourquoi ai-je si mal à la tête ?
J'ai fini le boulot et j'aperçois à travers les vitres du relax du bloc qu'il fait noir et que le vent souffle encore ce soir.
J'entre dans les vestiaires glauques et silencieux, j'ouvre mon casier et me change rapidement. Je ne jette même plus un coup d'oeil au miroir, j'ai arrêté d'essayer de ressembler à quelque chose depuis que je porte ces charlottes qui ischémient mon front même 3 heures après les avoir enlevées.

Je descends et les grandes portes vitrées de mon CHU s'ouvrent et laissent entrer ce froid glacial de mars.
Je m'arrête un instant et me pose dans un coin de l'hôpital, à l'abri du vent.
Je m'assois à même le sol et allume tant bien que mal une cigarette. Je ne suis pas garée si loin mais j'ai envie de rester encore un peu ici. J'en ressens le besoin. juste encore quelques minutes.
Quelques minutes pour fermer les yeux et respirer.
Et ce putain mal de tête est toujours là.

J'entends les sirènes de police s'entremêler avec celles des pompiers se rapprochant. C'est comme çà tous les jours. C'est comme çà toutes les nuits. Je tire sur ma cigarette et toute ma journée défile brusquement dans ma tête.
Le bruit de l'hélicoptère sur l'hélistation, le brancardage sur les toits de l'hôpital, la course jusqu'à la salle de vasculaire, les bruits du scope, les anesthésistes qui courent, les téléphones des chirurgiens qui sonnent, les autres infirmières qui me demandent si elles pourraient m'aider à quoi que ce soit, le bruit des boîtes d'instruments qui s'ouvrent et que l'on me tend, le bruit du bistouri électrique, l'odeur de peau qui brûle, le bruit du sternum qui craque puis qui se laisse faire par un énorme écarteur et nous offre alors la plus belle des visions, le siège de la vie de cet homme, ce magnifique coeur qui bat péniblement.

J'ai alors posé ma main sur cet oeuvre et le temps s'est arrêté quelques minuscules secondes. Je n'ai plus entendu les bruits autour de moi, j'ai juste fait corps avec ces battements et ai remercié égoïstement Dieu de m'avoir donné l'opportunité de vivre ce moment là.
Je tenais dans ma main l'instrument le plus important au monde pour cet être humain que je ne connaissais absolument pas et que je ne reverrais certainement jamais. Cet homme ne saura d'ailleurs jamais qu'à un moment de sa vie une inconnue a eu son coeur entre les mains.

L'équipe de nuit sur les lieux,  j'ai fini par me faire remplacer. De force. C'était mon heure. C'était mon heure depuis une heure en fait. Je ne m'en étais même pas rendue compte. J'ai quitté la salle et lorsque la porte se referma derrière moi, j'ai alors regardé à travers la vitre toutes ces personnes qui étaient resté là et qui continuaient à travailler à lui sauver la vie.
J'ai commencé à avoir mal à la tête.

Marchant dans le couloir jusqu'aux vestiaires, je sens cette douleur frontale se développer. J'arrive jusqu'au relax et regarde directement l'horloge sur le mur : il est 21h00...

Par une (toute) petite IDE
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Vendredi 5 mars 5 05 /03 /Mars 21:10

Il est probablement aux alentours de 6h30.
Il se lève. Le boulot. comme tous les jours le réveil sonne à cette heure si matinale. Il l'éteinds. Il se lève doucement et va prendre sa douche. Peut être a-t il une femme. Peut être a-t il des enfants. Avait-il fait l'amour à sa femme la veille au soir ? A t il fait un bisou à ses enfants avant de partir comme tous les jours ? S'est il disputé avec sa femme de bon matin ?
Puis il s'est habillé. Chaudement. Il fait encore très froid ce matin. Un bon jean, un bon pull et sa veste préferée certainement. Celle qui tient bien l'air glacial surtout quand on a pas de chauffage durant le trajet. Il ouvre le placard de l'entrée et met ses chaussures montantes. Assorties à cette superbe veste en cuir. Il descend ses escaliers.
Il arrive au garage et découvre sa beauté qu'il a acheté récemment.
Toujours le même plaisir en ouvrant son garage. Le plaisir du regard de ce superbe R1000. Puis l'adrénaline qui monte. Il met ses gants. Il met son casque. Et démarre.
Tous ces gestes qu'il fait machinalement depuis des mois. Cette route qu'il prend depuis des années. Les mêmes feux rouges, les mêmes virages. Il pourrait la faire les yeux fermés.
Sur cette priorité à droite, voit-il la voiture arriver si vite ?  comprend t il à ce moment là que sa vie va basculer à tout jamais ? a t il vu sa vie défiler comme beaucoup de victimes ? L'histoire ne le dit pas.
40 ans.
En état neurovégétatif. Fracture de toutes les cervicales. Amputation de la jambe gauche.
40 ans.

J'espère qu'il aura dit au revoir à ses enfants avant de partir travailler.

Je ne me dispute plus avec les personnes que j'aime.
Putain que la vie ne tient à rien.
 

Par une (toute) petite IDE
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