Samedi 1 août 2009

Il était une fois l'histoire d'Eve.
Eve, un peu naïve, candide et innocente avait (de l'extérieur en tout cas) tout pour être heureuse.
Un mari, que l'on appellera Adam tiens, bizarrement . Une belle maison, une jolie petite fille, une voiture familliale et même le labrador qui va avec.

Eve, pleine d'amour à revendre, de compassion pour la souffrance des autres s'était décidée à vouer sa vie à cela. A sa surprise, elle avait hautement réussi le concours d'entrée pour un Institut de Formation en Soins Infirmiers.
Jour après jour, Eve travaillait sa formation qui la passionnait sans relâche, jonglant vie familliale et professionnelle comme elle le pouvait.

Un soir tard, sortant de son bureau pour aller fumer une cigarette pour aller apprécier la beauté d'un ciel étoilé un soir d'été, trouva un objet qui attira son attention.

Il s'agissait en fait d'épluchures. Des épluchures d'un fruit qu'elle ne connaissait pas.

Hésitante à aller en parler a Adam, elle prit les épluchures, les regarda fixement sous tous les angles. Non. Elle n'avait jamais rien vu de similaire.

Allant ainsi se coucher, elle eut du mal à trouver le sommeil ce soir là.

Quel était ce fruit ? D'où provenait ces épluchures ? Et surtout qui donc avait pu poser ces épluchures là, devant sa maison. Cela ne devait pas, cela ne pouvait pas être Adam. il lui aurait parlé de ce nouveau fruit, eux qui avaient tout partagé jusqu'alors.

Eve décida de ne rien dire a Adam. Elle voulait juste oublier cette mauvaise histoire, elle se demandait même maintenant si ces épluchures avaient réellement existé ou n'étaient qu'un création de son esprit tortueux...

Mais quelques temps plus tard, la candide, au détour de son jardin pleins de beaux fruits, se prit les pieds sur un fruit pourri. Or, dans son beau jardin, jamais un fruit ne s'était gâté. Cela était impossible. D'autant plus qu'elle ne connaissait pas ce fruit. Aucun des arbres de son jardin ne faisait ce type de fruits là.
Surprise et stupéfaite qu'un fruit qu'elle ne connaissait pas et pourri de surcroît gise là, dans son beau jardin.
La belle Eve décida de le garder. Dans un coin de sa tête en tout cas. Cette fois-ci il ne s'agissait pas d'un mauvais rêve. Elle l'avait bien vu.
En faisant des recherches sur internet dans les livres, Eve mis un nom à ce fruit. Il s'agissait d'une pomme. (..ben oui vous vous en doutiez maintenant non ?) Eve fît un trou dans son beau jardin et décida d'y enterrer la pomme.

Ce soir là, elle voulut en parler à Adam.
Mais Adam semblait préoccupé. D'ailleurs, il n'était plus tout à fait le même depuis quelque temps. Des souci au travail ? Adam était paysan, il labourait les champs et semait des graines de divers arbres le long des routes.
Eve ne savait pas ce qui arrivait Adam, elle ne savait d'ailleurs plus rien car Adam ne lui parlait plus vraiment ces temps-ci. Il semblait de plus en plus lointoin.

Un soir tard (encore oui), Eve eut la désagréable surprise de voir que le pommier avait poussé dans son jardin. Elle n'aimait pas ce fruit. Il lui était inconnu. Peut-être était-ce toxique. Elle n'aurait jamais dû l'enterrer. Là dans son jardin. Elle aurait dû en parler à Adam bien avant. Les jours passaient et le pommier grandit et grandit encore jusqu'à prendre la totalité du jardin. Pourquoi Adam n'en parlait-il pas ? Il ne pouvait pas ne pas l'avoir vu. Il fallait maintenant l'escalader ce pommier pour rentrer dans la maison d'Eve.

Un soir, Eve prit son courage à deux mains et décida de parler à Adam. La communication entre eux était devenue impossible tellement le pommier avait pris toute la place. Il avait passé ces longues et grosses branches aux travers des fenêtres, portes, repoussant ainsi les meubles et séparant ces deux êtres chacun d'un côté de la maison. Eve ne voyait même plus Adam le soir pour manger.

Eve monta alors sur une branche pour rejoindre Adam et lui tendit la main.
"Adam s'il te plaît, prends ma main. Tu as bien remarqué ce pommier dehors maintenant. Laisse moi te rejoindre de ton côté afin que nous essayions ensemble de couper les racines du pommier."
Adam regarda fixement Eve. Eve observa Adam et se rendit compte que les deux mains d'Adam étaient déjà prises. Un panier pleins de belles et grosses pommes.
Elle comprit. C'était lui les épluchures. C'était lui qui avait ramené la pomme pourrie. On lui avait donné. Alors, dans un souffle il raconta qu'une autre femme, une Vanessa lui avait fait goûter ce fruit. Qu'il était trop tard maintenant.
Eve comprit que son beau jardin était définitivement perdue.
Aurait-elle dûe en parler à Adam avant ? quand elle avait trouvé les épluchures ? Avait elle inconsciement voulue que cela se passe ainsi ? Peut-être.

Les années ont passées maintenant.
Eve a définitivement oublié Adam. D'ailleurs elle a refait sa vie. Avec un Ange nommé Gabriel. Il lui donne des ailes et c'est au paradis qu'elle construit son quotidien avec lui. En réfléchissant un peu, elle n'a d'ailleurs jamais été aussi heureuse qu'à ce jour. Grâce à Gabriel.
Mais si elle a oublié Adam, elle n'a pas oublié le pommier. Les erreurs enrichissement les hommes. Et Eve ne laissera plus jamais une épluchure sans réponse.
Par une (toute) petite IDE
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Jeudi 4 juin 2009

 

Mr P.

Mr P. était un homme d'un certain âge, à la retraite bien méritée, ayant travaillé dans le BTP toute sa vie.

 

Mr P. année après année, tacitement, s'est fait envahir son corps d'un bataillon de vilaines cellules décidées à ne pas lui faire finir sa vie dignement, et qui, jour après jour, se sont lentement accumulées insinueusemements tels des escadrons d'unités spéciales, dans des endroits bien difficiles d'accès, résistants chaque jour un peu plus à la radiothérapie et chimiothérapie, jusqu'à réussir à former de véritables régiments de masses volumineuses compliquant un peu plus chaque jour sa vie.

La colonisation a d’abord compliqué l'intestin puis la vessie, les poumons, le cerveau et près des axes principaux d'irrigation sanguine.

 

Or, une audacieuse artère iliaque primitive gauche, refusant de se faire contrôler au quotidien, refusa tant bien que mal cette occupation autoritaire unilatérale et a  alors déployée toute son énergie avec audace, constance, courage, entêtement et fermeté, bien décidée a effectuer le rôle pour lequel elle avait été conçue : irriguer le membre inférieur gauche.

Ce dilatant ici, ce courbant par là, ce sténosant un peu partout, elle avait jusqu'alors maintenu fièrement son rôle, bravant héroïquement les pièges tendus par le colonisateur.

Mais, jour après jour, cette lutte acharnée avait affaiblit jusqu'à épuisement notre audacieuse et courageuse illiaque. La fatigue et la lassitude de cette lutte incessante contre l'hôte allait prendre fin aujourd'hui, sous mes yeux.

 

Un après-midi comme un autre, avec des infirmières de bloc comme les autres, dans un CHU banal au sein d'une grande ville comme il y en a partout dans le monde.

 

Interphone dans la salle en direct des urgences. Arrivée du samu pour rupture de l'iliaque fémorale gauche dans un contexte de cancer généralisé.

 

Préparation de matériel en urgence, montée d’adrénaline, l’appareil de radio, le matériel d’angioplastie, de quoi faire un champ opératoire rapide, les tabliers de plombs, tout est prêt quand l’urgence arrive.

Le temps s’arrête au moment où le sas d’entrée du bloc s’ouvre. Le brancard d’urgence, le scope hurle, les internes courent, pas le temps de brancarder on va direct en salle.

J’ai le temps d’apercevoir Mr urgence.

Il est blanc. Opalescent même. La relève orale indique une perte de 3 points dans sa tension depuis le départ du domicile. L’HémoCue frôle 7hb… ca s’annonce mal.

 

Le but de l’intervention : arrêter le saignement en montant un ballon de dilatation avant la dissection artérielle.

On est 2 infirmières, un regard suffit, ma collègue va instrumenter, je vais m’occuper de servir le matériel.

L’intervention commence dans un bruit rare pour cette équipe. L’anesthésiste hurle ses consignes à l’IADE pourtant proche d’elle, les internes s’habillent, le chirurgien me crie à travers la salle le matériel dont il aura besoin, je n’entends qu’1 mot sur 3, je comprends que tout le monde essaye de couvrir le bruit du scope.

Tout sonne en alarme : la bradycardie a 40, la tension à 5,5, la sat a 80, aucun des chiffres annoncés par l’écran ne convient, plus le temps de rien, même sans avoir fini de laver ses mains le chir empoigne 2 gants pourtant pas à sa taille, percute l’artère fémorale, monte un guide et commence le contrôle par scopie.

Je passe côté anesthésie pour récupérer un matériel demandé quand l’alarme rouge sonne, le tracé devient plat, asystolie majeure, on le perd.

 

J’envoie les sondes à l’interne près de moi, je saute sur la table à cheval sur le patient en commençant à compter fort : Et 1, et 2, et 3, et 4.

Je ne me rappelle plus qui de toutes les personnes autour de moi m’on demandé d’arrêter 30 minutes plus tard pour prendre le relais.

Je ne me rappelle plus vraiment combien de cycles j’ai effectué, à quel moment j’ai sentie sa côte se fracturer sous mes paumes de mains, et je ne me rappelle plus de ce qu’il se passait de l’autre côté du champ, côté chirurgien, le côté où j’aurais  pourtant dû me trouver.

Je me rappelle juste de mes gouttes de transpiration couler sur son visage à lui, de ma rage contre lui à ne pas vouloir faire repartir son cœur, du drap blanc que j’ai posé sur son visage en le sortant de la salle, de la cigarette que j’ai fumé après.

La guerre était finie pour lui, il avait choisi de la perdre.

En terrain neutre. Ici, avec nous, comme pour dire « je t’ai entendu gentille iliaque, j’ai entendu tout ce que tu as fait pour moi, de ta bataille au quotidien. Je n’ai plus la force de t’aider, je t’envoie une force par l’extérieur de mon corps, une dernière fois, pour t’aider à succomber doucement.

Ne m’en veux pas iliaque, je ne suis pour rien dans cette échec, l’ennemi était trop fort, trop grand, trop invincible. Et si je renonce aujourd’hui iliaque, sache que l’on a perdu la bataille, mais pas la guerre. »

La guerre relève à un peuple ses faiblesses, mais aussi ses vertus.

 

En attendant que l’on avance dans les recherches de lutte contre le cancer, à l’école de la guerre de la vie, ce qui ne nous fait pas mourir, nous rend plus fort. (S.Freud)

Je ne vous oublierai pas, Mr P.

Par une (toute) petite ESI
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Dimanche 24 mai 2009

 

Le bloc opératoire, où la gestion d’une entreprise humaine.

Des salles, des machines, des opérateurs, des techniciens, des instrumentistes, des boîtes d’instruments, la réitération systématique des mêmes gestes, aux mêmes moments.

Entrée du patient, mise sur table d’opération, intervention, sortie du patient, tel une matière première entrée dans un atelier pour y subir des ajouts, des suppressions de matériel, et ressortir comme produit fini qui sera, après passage du service qualité en service remis en vente libre.

 

Même la gestion des patients à l’entrée du sas d’accueil devient une véritable gestion de logistique, avec application de la méthode FIFO (First In First Out) En pratique le produit qui est arrivé le premier dans le stock sera le premier à sortir du stock (pour être vendu, utilisé ou comptabilisé). Mais on pourra lui préférer la méthode FEFO (First Expired, First Out), mais là c’est Out direction la chambre mortuaire…) (Ok, je l’avoue, avant d’être infirmière j’ai fait une licence d’organisation et de gestion des achats…)

 

Et dans cette firme du soin, même la sociologie de l’entreprise y est retrouvé.

 

Les patrons ? Des hommes à 95%. Qui ont tout de PDG si ce n’est qu’ils sont déguisés autrement qu’avec un costume Armani.

Un haut statut social, jouent au golf, tennis, squash, possèdent un bateau, habitent dans des villas avec la piscine et viennent travailler en coupé Audi.

Qui hurlent sur tout ce qui ne plie pas sous ses ordres, et tant pis si c’est cette putain de tête fémorale qui veut pas rentrer dans ce merdier de bassin.

Les femmes ? des « assistantes ». Qui arrivent avant les patrons. Qui préparent le café, ouvrent les salles, préparent les dossiers les patients et qui se démènent pour que tout soit prêt quand IL arrive.

 

D’ailleurs, les chefs de Service ne sont-ils pas appelés « patrons » ?

 

Et dans toute cette gestion d’entreprise, les conflits sociaux entre chirurgies, les compétitions au rendement, la codification des actes qui permet  de savoir qui rapporte le plus, qui coûte le moins, il y a LUI.

 

Lui, c’est le patient.

 

Qui attend. Dans le sas d’entrée. Emmené par un brancardier en burn out depuis bien longtemps qui a tapé son brancard au moins 3 fois avant d’arriver en baraguouinant les mêmes phrases depuis des années, une histoire de porte toujours cassée, de brancard trop lourds, d’ascenseur trop petit et de manque de personnel.

 

Lui, le patient, il attend. Impassible, silencieux. Imperturbable. Condamné à son triste sort de matière première.

Il n’est plus Monsieur Garcin, il est le patient 3 de la salle 2 pour son port a cath. On ne lui demande pas qui il est, on regarde sur son bracelet code barre, son dossier, quitte à appeler le service plutôt que au grand Dieu émettre des sons dans sa direction pour lui poser une toute petite question qui risquerait de lui donner une infinisémale importance, une minuscule impression d’exister.

Et quand il a mal, monsieur Garcin, pendant la pose de son port a cath dont l’interne ne connaît même pas l’indication de la pose, il joue bien son rôle de matière en cours de modification sur la chaîne de production : il se tait.

 

Et quand, pour vérifier une machine, je passe derrière le champ opératoire, je m’aperçois d’une défaillance technique de la matière première. Une fuite de produit inconnu qui risque de mettre en péril le produit fini. Cette fuite, elle se situe au niveau ophtalmo.

Heureusement que le service qualité m’a bien formé, je suis capable aujourd’hui comme un bon robot de soin à reconnaître tout type de défaillances.

Cette fuite de produit, ce sonr des larmes.

 

Malheureusement, pauvre robot hybride que je suis, je n’ai pas encore été mis à jour par le logiciel « sans sentiment V2.0 ». Et du coup, mes mains sont encore capables d’effectuer autre choses que des gestes automatiques. A l’écart des caméras de surveillance et des patrons, j’ai pris une chaise. Et je me suis assise à côté de lui. Je lui ai pris la main et je lui ai séché ses larmes. Il m’a regardé. Il m’a regardé droit dans les yeux pendant plus de 20 minutes. Dans le silence. Juste le bruit du scope et du bistouri. Juste le temps que la chaîne de fabrication arrive à terme. Juste le temps d’en faire un produit fini.

 

J’ai ramené le code barre et Monsieur Garcin qui était autour jusqu'au quai de départ pour un retour en service.

Le Wall-E que je suis a repris ses automatismes, jusqu’à ce que le patron du service me demande par téléphone.

A la demande réitérée du produit fini qui était retournée en service, il avait appelé le bloc pour savoir qui avait été en salle durant l’intervention. Quand on me trouva, je tremblais de savoir ce qu’il me voulait. Il tenait à me remercier personnellement de la qualité du travail effectuée.

« Je me rappellerai toute ma vie de ce si doux regard qui a apaisé ma douleur ».

Tels étaient les mots retranscrits par la marchandise.

Je vais continuer à éviter les mises à jour obligatoires de mes logiciels internes.

 

 

Par une (toute) petite ESI
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