Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /Déc /2008 20:43

Me voila dans ma nouvelle tenue d'infirmière faisant fonction d'infirmière de bloc opératoire.

Je suis en chirurgie vasculaire, suite à ma demande express de changer de bloc (confer la lettre à Danielle).

J'assiste à un pontage femoro-poplité, et je sers LE chirurgien.
Oui, vous voyez bien celui dont je veux parler, le beau, grand, super gentil, super intelligent, super mignon, super célibataire, celui que les femmes regardent passer en gloussant juste après s'être remaquillées, celui que les hommes apprécient par son humour et son charisme, voilaaaaa, c'est lui.

Je suis donc dans son bloc aujourd'hui, je tremble un peu. Oui ben ca va hein, tout le monde a le droit de trembler, ca doit être la clim, qu'est ce qu'il fait froid dans ses blocs...
A sa demande, je m'habille en stérile durant quelques minutes car son interne doit obligatoirement s'absenter, mais c'est l'affaire de 5 minutes, tout va bien se passer...

Je suis donc debout, en face de lui et je prie qu'il ne me demande rien.

L'anesthésiste, l'Iade, la panseuse (qui est une très bonne amie) sont focalisés sur l'opération, tout le monde est autour de nous. Je suis là, debout, à scruter l'ouverture de la porte en espérant que ce foutu interne revienne vite quand IL lève la tête vers moi.. (putain il va me demander un truc c'est sûr) : mademoiselle, aspirez moi je vous prie...

Et bien oui. il m'a demandé juste une chose : de l'aspirer.

Il poursuivit alors avec un large sourire : je parle du sang que vous voyiez là, mademoiselle...

Franche glousserie de toute la salle à travers leurs masques et franche rougeur violet-écarlate pour moi...

Par une (toute) petite ESI
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Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /Déc /2008 17:37

Ma chère Danielle,

Je vous écris cette lettre parce que je n'arriverais jamais à  vous dire tout cela sans vous vomir dessus en même temps.

Comme vous l'avez si bien soulignée dans VOTRE bloc opératoire tout à l'heure, nous, les infimières, ne sommes RIEN.

Comme vous me l'avez également si bien fait remarquer et ce devant les 3 internes, l'anesthésiste et l'IADE, nous ne sommes pas du même monde vous et nous.

Comme vous nous l'avez dit, et ce devant notre cadre, vous n'avez pas fait 14 ans d'études pour vous mélanger à la basse classe sociale", et qu'il est inadmissible d'être obligés de travailler avec des personnes totalement abruties comme les IDE ", et que vous ne voulez plus d'infirmières nord africaines car elles manquent de culture et de savoir vivre.

Mais moi, apparemment, vous m'aimez bien.

Vous m'aimez bien parce que "j'ai l'oeil vif" (j'aurais peut être du aboyer quand vous m'avez dit cela ?), parce que j'ai le teint clair, parce que je passe plus de temps à genoux devant vous à monter et descendre votre siège, monter et descendre la table d'opération, allumer puis éteindre le micro, laver vos lunettes, répondre à votre téléphone personnel,  et faire tout un tas de choses que je n'ai pas retrouvé dans mon décret d'aptitudes professionnelles.

Pour cela ma chère Danielle, je voulais simplement vous dire que malgrè que vous soyiez Chef de service d'un grand CHU, malgrè que vous connaissiez parfaitement votre métier de chirurgien ophtalmo puisque cela fait plus de 30 ans que vous faîtes les mêmes gestes, malgrè le nombre de fois où je vous ai vu sortir des internes de VOTRE bloc en pleurant et bien malgré tout le respect que je devrais avoir pour vous :  je vous emmerde Danielle.


Par une (toute) petite ESI
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /Nov /2008 21:07

J'ai un gros problème.

Un gros et sérieux problème avec la communication.

Je n'aime pas parler. C'est comme ça.

Jusqu'ici j'avais l'impression que chaque fois que j'ouvrais la bouche, les mots qui en sortaient me faisaient passer pour une idiote.

Maintenant ce n'est plus une impression.

 

Pourtant, je fais des efforts et des recherches pour m'améliorer, c'est flagrant :

- mon mémoire de fin d'études : "Ecoute, et entends-moi"

- mon futur 1er poste d'IDE : le bloc opératoire (..............................)

 

Aussi, bien que je fasse d'énormes efforts (très souvent infructueux) pour faire comme si c'est-normal-de-parler-avec-quelqu'un, ben j'y arrive pas, ou au prix de sérieux efforts.

 

Et me voila en intérim dans un SSIAD (soins à domicile)

La loooooooose.

Je pose le tableau rapidement : TU vas chez UN patient.

Autrement dit, il y a : toi, le patient, et... sa salle de bains (je n'ai fait que du boulot d'AS puisque non diplômée officiellement encore..)

 

Jusque là, tout s'était plus ou moins bien passé.

Je respire profondément, je remets bien mon pull, mon sac, je respire encore, je frappe à la porte, je pose mon beau sourire à la colgate, et j'entre. Effet professionnel garanti.

 

Je pose donc mon dernier sourire à la colgate, le même que j'ai expérimenté devant ces 14 dernières portes auxquelles j'ai frappé depuis le début de la matinée, bien que ce sourire ressemble plus maintenant au faciès des mannequins que l'on utilisait en cours pour s'entraîner aux massages cardiaques, mais bon, c'est tout ce que je suis capable de faire..

 

Ok, il passe bien mon sourire cette fois encore, tant mieux, c'est mon dernier patient, après je me scotche la bouche.

 

"Bonjour Mme C..."

Un "bonjour belle demoiselle" me redonne un peu de tonus pour finir cette journée

 

On se dirige ensemble vers la salle de bains, on passe devant la cuisine et plein de bonne odeurs de repas de mamies qui cuisinent pour elles toutes seules mais que ca sent trop bon la dedans m'arrivent jusqu'au nez..

Pleine d'élans, de vivacité et une envie soudaine d'émettre des sons avec ma bouche qui formerait des mots qui donneraient une vraie phrase, je lance : 

"Et bien Mme C.., ca a l'air bien bon ce que vous faîtes à manger, qu'est ce que c'est ?"

Je me dirige vers la cuisinière et un plat en inox rempli d'apparement ce qui me semble être un bon boeuf-carottes m'interpelle : "vous avez fait du boeuf (coquine va !!) ?"

 

Et là, j'entends un petit silence.

Un petit mais trèèèèèss looonnnnng silence.

Et, se tournant vers moi avec à son tour ce sourire du mannequin du massage cardiaque, elle me répond : "ah non, ça, c'est la gamelle du chien"...

 

Ouais ouais ouais. .. .. ..

Ok, je crois que j'y arriverais pas.

 

 

  NB : le titre est issu du livre du même nom, de l'illustrissime Jacques Salomé

Par une (toute) petite ESI
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